de l'Anse Royale

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Parson Russell Terrier

Maladies héréditaires

Maladies héréditaires

Les maladies héréditaires : du bon usage des tests génétiques

 

Nous avons la chance d'avoir des compagnons rustiques, à la santé solide qui les mène à un âge avancé généralement dans de bonnes conditions.

Cependant, notre race a aussi son lot de maladies héréditaires plus ou moins gênantes pour la santé de nos chiens, certaines peuvent être dépistées grâce à un examen chez un spécialiste ou par un test génétique, quand il existe.

Notre mission en tant qu'éleveurs et sélectionneurs est aussi de proposer des chiots et futurs adultes en bonne santé.

Je vous propose de faire un état des lieux des connaissances actuelles grâce aux lumières du Dr Marie Abitbol, vétérinaire et chercheuse en génétique à l'Ecole nationale vétérinaire d'Alfort que j'ai eu la chance de rencontrer pour parler de nos Russells.

 

La surdité héréditaire

Commençons par la surdité héréditaire dont le Club recommande le dépistage et l'impose pour les cotations.

La surdité complète (deux oreilles) ou unilatérale (une oreille) est liée à un défaut de migration de cellules pigmentaires dans l'oreille interne, ainsi on trouve de la surdité héréditaire dans les races à panachure blanche chez le Chien ou dans d'autres espèces (le cheval par exemple). Cependant le mode de transmission est complexe car il met plusieurs gènes en cause.

Sans test génétique à notre disposition, le meilleur moyen est de sélectionner sur le phénotype c'est à dire sur le statut clinique, donc d'écarter de la reproduction les sujets sourds bilatéraux et les entendants unilatéraux.

Cette méthode de sélection utilisée notamment chez le Dalmatien a donné des résultats qui atteignent cependant un plancher en-dessous duquel la proportion d’individus sourds ne descend plus. Il y a eu par exemple chez le Dalmatien 6% de moins de naissances de chiots sourds grâce à ces efforts.

Cependant, pour le Dr Abitbol, "la recherche progresse en Europe et aux États-Unis : des régions chromosomiques (locus) responsables de la surdité ont été identifiées, il reste à déterminer les gènes en cause".

La luxation primaire du cristallin 

Autre maladie héréditaire, la luxation primaire du cristallin est moins connue, apparaissant tardivement entre l'âge de 3 et 8 ans. Les symptômes peuvent être différents et d'intensité variable d'où un diagnostic difficile à poser par les vétérinaires. "Certains sujets pourront développer des glaucomes très handicapants et d'autres se débrouiller avec une gène oculaire sans que le propriétaire ne s'en aperçoive" ce qui explique pour le Dr Abitbol le peu de cas connus.

Cette maladie a un mode de transmission autosomique récessif, c'est à dire que le chien doit avoir deux copies du gène malade pour développer la maladie (un gène atteint hérité de sa mère + un gène atteint hérité de son père, il est dit "homozygote" pour cette maladie). Ainsi les sujets hétérozygotes (un gène atteint + un gène sain) ne développeront jamais la maladie, ils sont dits "porteurs sains".

Une nuance est à apporter pour la luxation du cristallin : les homozygotes atteints qui devraient développer les symptômes de la maladie ne le font pas systématiquement (on dit que la maladie est à pénétrance incomplète), ou bien développent des symptômes à un âge avancé (plus de 10 ans).

Nous n'avons malheureusement pas de chiffres sur la prévalence de la maladie dans nos races du fait du peu de retours des vétérinaires ou propriétaires vers les éleveurs, mais nous savons cependant que la mutation, modification du gène sain en gène atteint, a une fréquence d’environ 27% dans la population (source : laboratoire Antagene).

Un test génétique existe pour cette maladie, il est recommandé de l'utiliser si l'éleveur a connaissance de lignées atteintes dans le pedigree de ses reproducteurs ou de chiots sur une même portée qui auraient été diagnostiqués.

L'ataxie cérébelleuse

Plusieurs tests génétiques sont récemment proposés chez les Russells pour dépister l'ataxie cérébelleuse, que faut-il en penser ? Qu'est ce que l'ataxie ?

C'est une maladie dégénérative qui touche le cervelet et qui peut être d'origine génétique ou acquise (due à des facteurs environnementaux : tumeurs, dégénérescences d'origine inconnue).

Elle est diagnostiquée lors d'un examen neurologique (évaluation de la coordination motrice) et par des examens complémentaires : ponction de liquide céphalorachidien et IRM.

Des cas sont observés régulièrement depuis de nombreuses années dans beaucoup de races dont les Russells à l'Ecole nationale vétérinaire d'Alfort.

Pour les ataxies d'origine génétique, deux formes ont été observées : la forme précoce (SCA qui apparaît dans les premiers mois de vie du chiot) et la forme tardive (LOA qui apparaît a partir d'1 an).

Des tests génétiques sont depuis peu commercialisés pour ces deux types de mutations (qui n'ont aucun rapport entre elles), mais pour le Dr Abitbol seul le test LOA pour les Parson Russell a pour le moment un intérêt car la mutation était présente chez 23 des 27 chiens atteints d'ataxie lors de l'élaboration de ce test par le laboratoire anglais AHT (Animal Health Trust).

Pour le test SCA, les données de prévalence ne sont pas publiées donc nous ne pouvons pas dire que la mutation est significativement présente dans la race et dans notre pays.

Il faut attendre la publication des données sur le nombre de chiens testés et les lignées utilisées.



Certains tests génétiques commercialisés ne concernent pas significativement nos Russells. On peut prendre comme exemple l'HUU (hyperuricosurie) présente dans de nombreuses races (excès d'acide urique qui donne des calculs). Ce test peut cependant être utile dans le cadre d’un diagnostic, si le reproducteur présente des signes cliniques (vers 3-4 ans) ou si plusieurs chiens issus d'une même portée sont diagnostiqués.

 

De par l'existence de maladies génétiques communes chez l'Homme et chez le Chien, la recherche a fait d'énormes progrès sur l'étude du génome canin et a permis l'élaboration d'un grand nombre de tests génétiques pour dépister nos chiens.

Il nous appartient de faire bon usage de ces tests qui doivent servir à éviter la naissance de chiots malades, mais certainement pas à écarter systématiquement du patrimoine génétique de la race tous les chiens porteurs sains.

Pour le Dr Abitbol, "les hétérozygotes ne posent pas de problème en reproduction à partir du moment où ils sont mariés à des homozygotes sains. Ils apportent de la diversité génétique et si on s'en privait, on risquerait de réduire de façon brutale le nombre de chiens qui participent à l'élaboration de la génération suivante ce qui pourrait faire émerger de nouvelles maladies récessives". La lutte contre les maladies héréditaires doit être progressive, de façon à conserver le potentiel génétique de la race.

  Claire Azancot-Déniel

Un grand merci au Dr Abitbol pour son aide


 

Dr Marie ABITBOL

Maître de conférence en génétique clinique et médicale à l'ENVA (Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort)

Doctorat de Génétique Humaine (Université Paris VII)


 

CET ARTICLE EST LA PROPRIETE DE L'ELEVAGE DE L'ANSE ROYALE ET DU DR ABITBOL

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